A la belote

A la belote.
Une compilation des expressions belotiques.

On peut jouer sérieusement à la belote. Mobiliser tous ses moyens intellectuels pour gagner. Sermonner son partenaire qui a entamé carreau, alors que c’était évidemment pique qu’il fallait jouer. Et lui expliquer pourquoi, comme si on faisait son métier. On risque ainsi de passer à côté de l’essentiel.
A la belote, la stratégie ne joue qu’un rôle limité. Sauf grossières erreurs de débutant c’est finalement le sort qui, distribuant les bonnes et les mauvaises cartes, décidera de l’issue d’une partie.
La belote est d’abord un rituel.
On y abat des cartes selon des règles définies par la coutume.
En l’absence de droit écrit les variantes sont inévitables, et certains points de la règle du jeu donnent prise à contestation. Evoquez par exemple la question de savoir si un joueur doit « pisser de l’atout quand son partenaire a coupé ». Discussion sans fin. Contrairement au bridge, aux échecs ou au football aucune fédération mondiale ne peut être invoquée pour trancher les litiges. Aucune directive européenne, non plus. ( Heureusement. Il ne manquerait plus qu’on nous normalise notre belote au lait cru !).
On y prononce des formules consacrées.
Il y d’abord un jargon lié aux règles du jeu. Mais ce jargon s’enrichit selon les tables de joueurs de commentaires tirés du folklore régional, local ou familial. Dictons oiseux, aphorismes ambivalents, soulignement d’évidences, tautologies et pronostics à la normande fourmillent.
Certaines des expressions collationnées ci-dessous sont connues de tout beloteur. D’autres sont sans doute plus spécifiquement régionales. D’autres n’ont peut être cours que dans le cercle d’amis et de parents avec qui je pratique ce jeu. Elles peuvent être techniques, patoisantes, faubouriennes ou carrément vulgaires. Je n’ai pas classé.

1. Faire.

Dans un dictionnaire de langue française, c’est à l’entrée « faire » qu’on trouve l’article le plus long. Ce verbe sert à tout. Pourtant, le Robert ne mentionne pas son usage à la belote : on dit « faire » pour distribuer les cartes.

A tes bras de faire, (à tes jambes d’acier !)    C’est à toi de donner. J’en profite pour placer ce subtil jeu de mots, en provenance de l’ « Académie de belote de la rue Daguerre » (Paris XIVe), où mon grand père tapait le carton.   

Etre sous la goulotte (gouttière, gougoutte…)    On ne bat pas les cartes à la belote. Les levées du tour précédent sont empilées, et le donneur fait seulement couper le paquet. Il y a donc une certaine probabilité pour que la retourne indique la couleur des deux ou trois cartes qui vont échoir au joueur placé à gauche du donneur, donc sous la gouttière.

Qui maldonne redonne.      

A qui de faire ?
Au couillon qui le demande !


2. Prendre ou ne pas prendre, zatizzecouestcheune.

Après distribution de cinq cartes à chaque joueur, une carte est retournée sur la table et il s’agit de se décider à la prendre ou pas. Chacun parle à son tour. « Prendre » , c’est engager son équipe à réaliser plus de la moitié des points. Une bonne estimation de la force de son jeu est nécessaire. Il y faut aussi de l’intuition, et un zeste d’audace. Mais avec mesure. Certains joueurs, prenant à la légère, entraînent leur partenaire vers des bérézinas. Je ne citerai personne.
 
Valet tournant, valet prenant.    Recommandation au joueur qui parle en premier de « prendre » si la retourne est un valet. Certains le considère comme une obligation, une règle du jeu.


Le sept appelle le valet    Si je prend le sept retourné, je parie qu’il va « me rentrer » le valet au deuxième tour.

Une. Deux.    Au lieu de dire « je passe », on peut simplement éructer « une ». Puis, au deuxième tour, « deux ».

Coup de Claude Gody    Consiste à faire le pari que les atouts sont dans le talon non encore distribué et à prendre précisément la couleur qu’on n’ a pas en main. Il est gonflé.

Celui qui n’en a pas, il en meurt.     Lorsqu’il s’agit de « cœur ». Commentaire rituel.

Prend ça pour du pique (resp. trèfle, carreau, cœur)    Commentaire ironique du donneur à celui qui a pris à une couleur différente de la retourne.

Avec ça on ne sera toujours pas capot.    Se dit en prenant le valet d’atout avec lequel on fera forcément un pli.

Que des feignants !    Personne n’a eu le courage de prendre.

C’est un capot qui s’annonce.    Se dit après plusieurs tours où personne n’a pris.

Jouer à la vache.    Variante du jeu dans laquelle le dernier à parler doit obligatoirement prendre.

Qui est-ce qui a pris ? (kicékapri)
A quoi qu’il a pris ?




3. Les annonces.

Certains assemblages de cartes dans une même main peuvent valoir des points, indépendamment du jeu de la carte. Ce sont les annonces : tierce, « cinquante », « cent », « cent cinquante », carré. Par convention, on peut jouer sans annonce.


Belote naturelle    Les pratiquants de la belote sans annonce l’appellent ainsi. Ils se posent en artisans du retour à la simplicité des origines. Comme si la belote sans annonce était une belote sans colorant ni conservateur...

Tierce (ou tjerce, voire tcherce.)    Suite de trois cartes de même couleur.

Tierce cycliste, ou d’hopital    La plus petite annonce : 7,8,9.

Belote imprenable ou belote inviolable    L’équipe qui « a pris », si elle plonge, donne tous ses points à l’autre. Mais les vingt points de la belote restent acquis à celui qui l’a annoncée. Même en cas de naufrage.

Annoncer misère
    Avoir un jeu si faible qu’il entraîne l’annulation du tour.





4. Le jeu de la carte.

Joue ! Une carte ou un fagot !    Rappel à l’ordre au joueur qui met trop de temps à se décider.

Placer sa filante dans le bois dur. 
   Jouer une série de cartes de la même couleur.    Académie de belote de la rue Daguerre

Charger la brouette    L’équipe qui joue en défense doit profiter du peu de plis qu’elle va faire pour engranger le maximum de points. Au moment où son partenaire tient solidement les mancherons de la brouette, (=il est maître), le joueur va jeter dedans, s’il le peut, un sac bien dodu (=une grosse carte).

Fausse carte    Celle par laquelle la main va passer à l’adversaire. Celle qui va nous empêcher de les mettre capot.

Manœuvre savante et combinée    Tentative qui a toutes chances de foirer.

Etourdir la poule.    Tenter de faire perdre le fil du jeu à l’adversaire.

Quatorze.     Sur la carte à jouer, il est écrit « 9 », mais on dit « le quatorze », car le neuf d’atout vaut 14 points. Avoir le quatorze sec (seul de sa couleur) est une situation délicate lorsque l'on joue en défense. La sagesse populaire ajoute : avec un neuf tu n'meurs pas d'faim.
   
Vingt.    Surnom du valet d’atout, qui vaut 20 points. La carte la plus forte.  Entamer du vingt est généralement ce que fait le joueur qui « a pris ». S’il ne le fait pas, son partenaire peut s’inquiéter.(Il a encore pris avecque rien !)

Pisser (de l’atout)    Obligation de jeter une carte d’atout.

Monte là-dessus (et tu verras Montmartre)    Paroles d’une vieille chanson parisienne. Manière de rappeler à un joueur qu’il doit couvrir d’un atout supérieur l’atout qui se trouve sur la table. On doit "monter à l’atout".
Académie de belote de la rue Daguerre.

Viens chez moi ! (Ya du feu, ou j’habite chez une copine…)    Quand je sens que l’adversaire va devoir me passer la main

Viens-y, sur mon fumier (je te relèverai le cul avec une fourche)    Avec l’accent bourguignon. Idem.

Chantier propre    Tous les atouts sont tombés. Expression affectionnée de MJ qui aime que çà blinque.

Tu ne couperais pas une merde avec tes dents.    C’est ainsi que G. exprime sa déception à son partenaire lorsque celui-ci, démuni d’atout, ne peut couper

Les Picards, c’est pas d’z’ Anglais !    Histoire de dire quelque chose quand on joue du pique.


Qui est-ce qui est maître ? (kicékémet)
Qui est-ce qui a mis l’as ? (kicékamilas)  
 On joue rarement à la belote dans une ambiance concentrée. Il y a des interruptions. Un joueur se lève pour servir à boire, un autre pour surveiller le rôti. On perd le fil. D’où ce genre de questions. 




5. Le compte des points. Nous et eux.

Au bridge, les joueurs s’appellent « Nord », « Sud », « Est » et « Ouest ». A la belote, celui qui tient la marque trace deux colonnes sur son papier (dos d’enveloppe ou sous-bock) qu’il intitule  « Nous » et « Eux ». Le bridge se situe au niveau géostratégique, la belote à celui de la rixe villageoise.
A la fin de chaque tour, on fait le total des points contenus dans les plis réalisés par chaque équipe. La première qui atteint mille emporte la manche.


Compte tes brelles !     Manière méprisante d’inviter l’adversaire, en fin de tour, à faire le total, a priori maigre, de ses points.   

Capot    Etre capot, c’est n’avoir fait aucun pli. La honte. La fatalité plutôt. Qu’est ce que tu voulais que je fasse ? Je n’avais rien. Tandis que les adversaires jubilent, en émargeant 250. Car si la défaite est orpheline, la victoire a de nombreux pères.
On dit aussi prendre, (ou se prendre) une capote.   


Compter les œufs dans le cul de la poule.    L’expression me vient de mon père qui la tenait de quelque paysan normand observateur sceptique des présomptueuses entreprises humaines.
 Après que personne n’ait pris, certains joueurs regardent quelles cartes ils auraient eues si on avait pris, et commentent. Çà ne sert à rien, de compter les œufs dans le cul de la poule, surtout quand on vient de la mettre au bouillon.    

Plonger ou être dedans    Pour l’équipe qui a pris, réaliser un total de points inférieur à 81, et marquer par conséquent zéro. « Cent soixante pour nous ! » triomphe l’autre équipe.    

Dans le cul, la balayette !(avec le manche et l’étiquette)    « On les a mis dedans ! »   

Dix de der    Emporter le dernier pli vaut dix points de bonification.   



6. Autres remarques à placer en cours de partie :

Il va y avoir du sang sur les murs et du poil d’arraché.    « La partie promet de se disputer âprement » dirait-on dans un langage plus châtié.    

Nous voilà avec les cuisses propres !    Pronostic pessimiste. Ce que dit G lorsqu’il voit ses plans s’écrouler.

Ce coup là, les merles ne vont pas chanter comme les grives.     Avec l’accent bourguignon. G dit souvent ça histoire de meubler, en entamant un nouveau tour. Sens douteux.

Notre cul (resp. leur cul) ne va pas toucher terre.    Pronostic pessimiste (resp.très optimiste)

La mouche a changé d’âne.    Avec l’accent périgourdin. La chance a tourné.

Jouer queue-de-chameau.    Jouer petit, mesquin, ne prendre aucun risque.

Jouer à la dégoûte.    Jeter ses cartes en vaincu d’avance. « Joues pas à la dégoûte, tu me gâches le plaisir de gagner ! »

Jouer à la parlante    Céder à la tentation –si forte à la belote- de donner des indications à son partenaire. Trop parler. « On ne joue pas à la parlante ! » se fâchent les adversaires.



Présentation

keskecé?

Ci-dessus, portrait de l'auteur par Myriam Frerotova, photographe.

Vous allez trouver dans ces pages des textes courts. De la littérature sous forme de fragments n'excédant que rarement une page dactylographiée. Aphorismes, anecdotes, portraits, récits, poèmes, nouvelles, fables...Quelques uns ont été publiés en "samizdat" voici quelques années. Les amis me demandant la suite, j'ai pensé que l'Internet serait un bon moyen de la leur communiquer, et peut être d'élargir le cercle de mes lecteurs...
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